Il y a un an, la Dépêche annonces consacrait une de ses tables-rondes emploi au secteur du développement durable. Un secteur que tous nos invités avaient confirmé être très porteur, à commencer sur la région. Nous avons donc souhaité revenir sur les opportunités offertes par cette filière, en nous intéressant cette fois plus particulièrement à celle des énergies renouvelables.
Des consommateurs concernés
Un sujet auquel les consommateurs sont de plus en plus sensibles, notamment en Midi-Pyrénées, Réalisée fin 2008, une étude « AFPA – Opinionway » révélait en effet que plus de 80 % des habitants de la région croient à l’avenir des métiers liés à l’environnement et aux économies d’énergies. Didier Houi, directeur de l’Agence Régionale Pour l'Environnement, opérateur de la région Midi-Pyrénées confirme l’engouement. « Au cours des 9 premiers mois de l’année 2008, les investissements en technologies vertes ont considérablement augmenté au plan international, puisqu’ils sont passés de 2,5 milliards de dollars en 2007, à 4,6 milliards. Du coté des consommateurs, il n’y a pas non plus de signes de tassement de la demande en produits « verts » en général, un tiers d’entre eux les préconisant toujours. Enfin, selon diverses études produites par l’ADEME, on observe que deux secteurs se distinguent nettement en France : les économies d’énergie, notamment dans le bâtiment, et le développement des énergies renouvelables. Aujourd’hui, ces secteurs représenteraient une charge de travail annuelle équivalente à plus de 200.000 emplois en France. Et le Grenelle de l’environnement laisse entrevoir encore de belles opportunités, ne serait-ce qu’au niveau de la basse consommation des bâtiments par exemple, laquelle doit concerner tous les bâtiments publics dès 2010 et tous les autres à partir de 2012. » L’évolution de la réglementation, la prise de conscience du grand public sur la nécessité de préserver les ressources naturelles, mais aussi la volonté de faire des économies d’énergie sont certes autant de facteurs qui soutiennent l’essor du secteur. Sauf que…
Un système qui favorise le meilleur comme le pire
Bruno Fourel, gérant de la société Acclimance (16 personnes), spécialisée dans les pompes à chaleur et la géothermie à Tournefeuille, pointe plusieurs éléments qui constituent, dans le même temps, un frein à son développement : « Sur le marché des pompes à chaleur par exemple, la démarche environnementale a été initiée il y a plus de 20 ans. Or on constate ce que recherchent avant tout les consommateurs, c’est l’économie. Pour preuve, la demande, qui a explosé avec l’augmentation du prix du baril de pétrole, diminue depuis qu’il a baissé. Il se trouve qu’il va à nouveau augmenter, donc ce n’est pas vraiment une inquiétude, surtout sur le marché des maisons neuves, où la proportion d’installations de systèmes utilisant les énergies renouvelables est désormais très importante. Mais cette question du coût pose un autre problème. Celui des aides gouvernementales, accordées même lorsque les investissements ne portent que sur une partie d’un système visant l’environnement, voire sur les systèmes les moins performants. D’où une certaine désillusion de certains clients, ce dont pourrait pâtir l’ensemble des professionnels… » « D’autant qu’il y a un net problème de formation, ajoute Didier Houi. On l’a encore observé récemment avec la tempête. Notre région se retrouve avec énormément de bois disponible, mais n’a pas le tissu de professionnels de la construction nécessaire pour l’exploiter. »
La formation en question
Un problème que tous nos invités déplorent. Boris Gourgue, consultant chez RH Partners à Toulouse, témoigne ainsi des difficultés rencontrées par les clients de son cabinet : « Elles touchent surtout les PME, souvent en concurrence directe avec les grands groupes nationaux alors même que les candidats se font très rares. Toutes les entreprises petites ou grandes, recherchent les mêmes profils : d’une part, des ingénieurs formés depuis des années aux énergies de demain et ces profils sont rares ; d’autre part, des techniciens chargés de maintenance sur site, et là, il existe peu de professionnels qualifiés. » « C’est vrai que 90 % des besoins émanent des PME et que rares sont encore les filières de formation spécifiques aux énergies renouvelables, reconnaît Yves Ducept, conseiller en formation énergies renouvelables à l’ADRAR formation. Nous avons, pour notre part, l’équivalent de deux cursus et demi qui leurs sont spécifiques, ce qui reste très modeste. Un problème accentué par la disparition des aides en faveur des contrats de professionnalisation. » « On se demande à ce titre s’il existe vraiment une volonté politique d’accompagner ce secteur, certes soutenu sur le plan des aides fiscales, mais pas au niveau de la formation », estime Boris Gourgue.
Où sont les professionnels ?
« C’est pourtant essentiel, déclare Bruno Fourel, tant sur le plan technique que commercial d’ailleurs, la façon dont les systèmes sont vendus étant parfois calamiteuse ! Il s’agit souvent d’opérations « one shot » réalisées par des commerciaux qui n’y connaissent absolument rien aux systèmes qu’ils préconisent. Le risque, là encore, c’est que certaines installations deviennent des contre-références, et que les énergies renouvelables pâtissent à terme d’une mauvaise image. » « Ce fut le cas dans les années 70 lors du premier boom du chauffe-eau solaire, rappelle Didier Houi. Certains ont alors fait n’importe quoi, et les consommateurs se sont peu à peu détournés de ce système. Si le marché est reparti au début des années 2000, c’est, entre autres, parce que l’Etat a alors mis en place un certain nombre de gardes fous au niveau des appareils comme des installateurs. » Alors comment trouver la perle rare ? « Sur le profil des ingénieurs spécialisés, nous n’avons d’autres solutions que de faire de l’approche directe qui représente 60% de l’activité de RH Partners et d’offrir des rémunérations supérieures pour les convaincre de venir chez nos clients, répond Boris Gourgue. Pour les profils technique, administratif ou commercial, qui constituent notre second vivier d’activité à destination des TPE / PME, nous passons plutôt des annonces. » « Nous avons la chance d’être revendeur de Sofath, ce groupe étant aussi centre de formation, indique, pour sa part, Bruno Fourel. Mais cela ne nous empêche pas d’éprouver certaines difficultés sur les fonctions commerciales. »
Un gisement dans la rénovation
« C’est un paradoxe de ce secteur, ajoute son épouse, Margo Fourel. Il a certes « bonne presse » auprès du grand public, et pourtant, au regard du peu de réponses aux offres d’emploi que nous publions, nous avons parfois le sentiment que ça n’intéresse pas tant de monde que ça. » « Sans compter que certains s’imaginent qu’avoir une simple appétence pour l’environnement suffit, alors qu’il est nécessaire aujourd’hui d’avoir une solide formation », rappelle Didier Houi. « C’est pour cette raison d’ailleurs que nous conseillons aux jeunes d’opter d’abord pour une formation généraliste en électricité, thermique ou couverture par exemple, de travailler un temps pour conforter leurs bases, puis de faire une formation complémentaire, déclare Yves Ducept. Dans le cas des commerciaux, nous proposons un BTS technico-commercial avec une option énergies renouvelables ou des formations qualifiantes qui visent également à les aider à allier les deux compétences Une solution payante pour tous ceux qui souhaitent s’orienter vers les métiers du bâtiment. « Les opportunités les plus importantes se situent certes dans la rénovation, souligne Didier Houi. En Midi-Pyrénées, 60 % des résidences principales ont été construites avant 1974, c’est à dire avant toute réglementation thermique. Or les spécialistes estiment que la rénovation complète de quatre logements équivaut à une charge de travail à temps plein par an. » « L’adoption récente du prêt Eco à taux zéro peut en effet contribuer au développement de ce marché, mais là encore, on peut se demander qui va faire le boulot et surtout comment », s’inquiète Bruno Fourel. « Sans compter que la mesure reste soumise à l’accord des banques pour le financement des investissements, or celles-ci se révèlent beaucoup plus réticentes à prêter en ce moment », observe Margo Fourel.
Un secteur porteur car « vital »
Alors, dynamique ou en panne le secteur des énergies renouvelables ? « Aujourd’hui, nous avons peu de visibilité sur l’emploi, répond Boris Gourgue. Le secteur est sans conteste prometteur, mais les grands groupes privilégient plutôt une réorganisation de leurs forces en ce moment, même s’ils vont être amenés à continuer à recruter ne serait-ce que pour remplacer les effectifs qui partent à la retraite. Et du coté des PME, je pense que les besoins à court terme vont surtout porter sur les commerciaux et de technico-commerciaux. » « En ce qui nous concerne, nous avions pour objectif en 2008 de doubler notre effectif à l’horizon 2010, indique Bruno Fourel. Cet objectif est maintenu, mais sera peut-être reporté d’un an ou deux compte-tenu de la conjoncture. Nous devrions, quoi qu’il en soit, recruter 2 à 4 personnes cette année, ne serait-ce que pour être prêts à répondre à la demande lorsque les robinets vont s’ouvrir à nouveau ! » « La période est également favorable à la formation des salariés aux énergies renouvelables, estime Yves Ducept, notamment via les certificats de qualification professionnelle. » Opinion que partage Boris Gourgue, « surtout qu’il existe des moyens de financer les cursus, à l’instar du Congé Individuel de Formation, auquel ont droit tous les salariés ». Pour conclure, Didier Houi informe que l’ARPE suit désormais de près les effets du changement climatique en région. « Or 50 % des impacts sur l’environnement sont directement liés aux décisions individuelles. Donc oui, les économies d’énergie et les énergies renouvelables resteront porteuses, car elles sont tout simplement vitales ! »
Ingrid Lemelle
ENCADRE
Les chiffres du secteur
87.000
C’est le nombre d’emplois liés à l’isolation en France en 2007, soit le secteur le plus porteur en termes d’emplois sur le marché de l’efficacité énergétique et du développement des énergies renouvelables (source étude ADEME).
8 %
C’est la croissance des emplois enregistrée sur les secteurs de l’efficacité énergétique et du développement des énergies renouvelables en France en 2007 (étude ADEME).
33
C’est le nombre d’emplois créés chaque jour en Europe par le secteur de l’énergie éolienne depuis les cinq dernières années (source étude de l’Association Européenne de l’Energie Eolienne).
71 %
C’est la proportion de propriétaires de la région Midi-Pyrénées qui se déclarent prêts à investir pour réduire la consommation d’énergie de leurs logements (source étude AFPA – Opinionway).
120.000
C’est le nombre d’emplois directs que pourrait représenter le secteur des énergies renouvelables en France en 2012, soit 130 % de plus qu’en 2007 (étude ADEME).
45 %
C’est la proportion d’habitants de Midi-Pyrénées qui se sont dites prêtes à se former aux métiers liés au développement durable, aux économies d’énergies ou à l’environnement dans le cadre d’un nouveau départ professionnel (étude AFPA – Opinionway).