Plus de 7.000 personnes ont répondu au questionnaire et 3.000 auditeurs ont témoigné. Au terme de six mois d'enquête sur le rapport des Français au travail, Radio France organisait le 23 janvier dernier une journée de débats et de tables rondes à Paris. L'occasion de restituer et d'échanger sur les grandes tendances qui se dégagent de l'étude, à commencer par cette fracture de la population active avec, d'un côté, ceux qui n'ont pas de travail et de l'autre, ceux qui déclarent en avoir trop.
Un travail qui génère également des visions paradoxales. Ainsi n'est-il plus perçu comme le moyen de s'élever socialement. 50% des personnes interrogées estiment en effet que leur situation n'est pas meilleure que celle de leurs parents, et près de 61% que la situation va continuer à se dégrader pour leurs enfants.
Le travail est également pointé comme source de nombreuses insatisfactions, sentiment nourri par l'absence de perspectives professionnelles et d'évolution de salaire (cité par 52% des répondants), le manque d'effectifs (pour 38%), l'obsession de la rentabilité (citée comme la préoccupation principale des employeurs par près de 66% des personnes interrogées), la conviction de ne pas être rémunéré à sa juste valeur (pour 59%)... autant de frustrations qui conduisent les français à envisager de changer de travail (43%), de métier (18%) ou d'entreprise (11%). Ils sont d'ailleurs très nombreux à estimer être les seuls à pouvoir initier un changement, contre une poignée seulement qui se déclare confiant dans les capacités des politiques ou à la volonté de leur patron pour faire évoluer leur situation. La retraite apparaît dès lors comme une rupture positive, la possibilité de pouvoir démarrer une nouvelle vie (pour 28%), de faire enfin des choses qu'on aime (32%). Une vision très dégradée donc, et ce lors même que 55,1% des personnes interrogées se déclarent cependant contentes d'aller au travail le matin.
Au-delà des paradoxes, cette étude témoigne surtout d'une souffrance. De cette envie de bien faire sapée par la course à la productivité et à la rentabilité ou encore l'absence de reconnaissance et d'écoute. Une sorte de retour vers "Les Temps modernes", le film de Charlie Chaplin illustrant justement la couverture du livre synthétisant l'enquête de Radio France. Et pourtant, "si on supprimait la souffrance au travail, on atténuerait sans conteste une grande partie des maux de la société", estime Nicolas, un auditeur.
"Quel travail voulons-nous ? La grande enquête", Jan Krauze avec Dominique Méda, Patrick Lègeron et Yves Schwartz. 250 pages. Editions : Les Arènes. Prix 18,50 euros.